2014, année Péguy

Le 25/03/2014

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Editorial signé Claire Daudin, présidente de l'Amitié Charles Péguy.



 



« Où est votre semaine. Quelle sera votre fête ? Quel est votre anniversaire ? Quel jour sera le jour de votre commémoration ? Quel jour les petits arrivistes ultérieurs célébreront-ils, organiseront-ils votre glorieux cinquantenaire, votre centenaire, votre bi-, votre cinq-centenaire. Il faut tout cela pour l’histoire. »

Tels sont les mots que Péguy prête à Clio, la muse de l’histoire, dans A nos amis, à nos abonnés, texte de juin 1909 qui ressasse l’échec du dreyfusisme dont le gérant des Cahiers de la Quinzaine fait une tragédie personnelle et nationale. En commémorant le centenaire de sa mort, en dédiant à Péguy non pas une semaine, mais tout une année, cette année 2014 au long de laquelle se succéderont des manifestations diverses, L’Amitié Charles Péguy espère bien ne pas être de ces "petits arrivistes ultérieurs" que fustige par avance Clio. C’est un hommage à une œuvre vibrante encore de la passion qui l’anima, à une pensée "actuelle" que nous voulons rendre, nous, lecteurs de Péguy, nous, ses amis, qui lui sommes redevables de nos engagements, de nos lucidités, de nos émois poétiques et spirituels. (…)

Péguy, toujours dans A nos amis, à nos abonnés, déplorait la faillite politique de sa génération, lui refusant toute inscription dans l’histoire : « nous serons petits, nous serons ordinaires, nous serons moyens, ou plutôt nous ne serons pas du tout. On ne s’occupera pas de nous. […] Nous ne serons jamais grands ; nous ne serons jamais connus ; nous ne serons jamais inscrits. Nous ne serons jamais grands ». Aujourd’hui, nous pouvons faire mentir cette prédiction, mais pas en n’importe quel sens. La grandeur que nous reconnaissons à Péguy est celle de son génie, et certes nous sommes petits devant lui, que nous trouvons noter joie à servir, car même en ce monde qui ne croit à rien, en ce monde "qui fait le malin", il y a peu d’occupation aussi belle, bonne et gratifiante que de servir une œuvre qui nous dépasse, par l’étude, l’enseignement et le partage. On s’occupe de Péguy en 2014, du mieux qu’on peut ; on lui dédie son travail, son temps libre, et je veux ici saluer le dévouement de tous les membres de l’Amitié Charles Péguy qui consacrent leurs talents divers à connaître et faire connaître l’homme et l’œuvre, en lien étroit avec sa famille et le Centre Charles Péguy d’Orléans. (…)

Péguy a perdu la vie, avec des centaines de milliers de Français, dans une guerre dont il avait compris l’imminence, sans deviner le tour qu’elle prendrait. « Guerre démocratique moderne » telle que Bernanos la fit durant quatre ans et la décrivit au fil de ses œuvres, guerre de masse où la technologie des armes nouvelles devait balayer les idéaux et les représentations d’un juste combat qui animaient Péguy et ses semblables. En cette année 2014, leur mémoire collective est célébrée, la France va s’occuper d’eux, leur dédiant manifestations officielles, commémorations et missions.

En marge de ce grand mouvement national, nous voulons pour notre part fêter un homme qui nous émeut par sa vie passionnée autant qu’il nous impressionne par sa fin héroïque. Cent ans après sa mort prématurée, cette mort dont on dit qu’il la rechercha, rappelons comme il en repoussait le spectre, dans l’urgence de la création : « il ne faut pas que je meure ! » déclarait-il en septembre 1913 à Joseph Lotte, conscient qu’il était d’avoir une œuvre à poursuivre. C’est la singularité de Péguy, penseur, poète, qui nous intéresse, et le retentissement de son œuvre en notre époque, plus que son effigie en soldat tombé au milieu de ses hommes pour la Patrie. Les hommes de Péguy, c’est nous qui vivons aujourd’hui, et le sollicitons pour comprendre ce que nous vivons.



Claire Daudin



Extraits d’un texte paru dans le bulletin L’Amitié Charles Péguy, n°145, janvier-mars 2014.


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